27 Février 2008 - Question orale à Mme la Ministre Marie Arena "Conséquences de la décision du Ministre de la Défense de ne plus mettre de bus de l'armée à la disposition des groupes scolaires effectuant des voyages dans le cadre du devoir de mémoire "


Mme Chantal Bertouille (MR). – Comme vous le savez, le parlement de la Communauté française, tout comme le parlement wallon, a déjà réalisé un travail de mémoire. J’encourage les initiatives qui entretiennent le devoir de mémoire auprès des jeunes générations. Nous devons sans cesse remettre cette oeuvre sur la table et, dès que c’est possible, réaliser des projets dans ce sens en Communauté française. J’ai lu dans la presse que vous prépariez un avant-projet de décret à ce propos qui sera, je le suppose, examiné par notre parlement dans les meilleurs délais. De nombreuses écoles en Communauté française souhaitent accompagner ce travail de mémoire par la visite d’un camp. Cette visite permet aux plus jeunes de prendre connaissance des en jeux de cette période et de la shoah. Les visites des usines de la mort sont particulièrement marquantes. J’ai accompagné à plusieurs reprises des jeunes lors de ces visites qui les interpellent vivement. L’organisation de ces voyages est soutenue par la Communauté française. Outre le travail pédagogique, une préparation logistique est nécessaire.
Par ailleurs, ces déplacements ont un coût. Depuis plusieurs années, en fonction des accords pris entre la Communauté française et le ministère de la Défense nationale, ce dernier mettait des bus à disposition des écoles. Le ministère vient d’annoncer qu’il ne souhaitait plus participer à ce projet. Un débat s’est ouvert au fédéral mais je pensais qu’il était indispensable d’avoir aussi votre point de vue étant donné que vous soutenez les initiatives en Communauté française. Avez-vous des contacts avec le ministre de la Défense ? Cette décision remet-elle en cause la volonté de la Communauté française de poursuivre le travail de mémoire? Selon la presse, la décision du ministre de la Défense se baserait sur la volonté de ne plus porter préjudice aux autocaristes privés. Les bus de l’armée sont en effet mis gratuitement à la disposition des écoles. La Communauté française interviendra-t-elle financièrement pour aider les établissements qui souhaitent poursuivre ce travail de mémoire ?

Mme Marie Arena, Ministre-Présidente, chargée de l’Enseignement obligatoire. – La semaine dernière, le ministre de la Défense, Pieter De Crem, remettait en question la mise à disposition de quelques bus de son département pour les rescapés des camps et les écoles qui en faisaient la demande afin de visiter les lieux de mémoire. André Flahaut, son prédécesseur, a contribué concrètement à la transmission de la mémoire en rendant ces visites accessibles. Il était tout particulièrement à l’écoute des rescapés, des invalides de guerre, des prisonniers de guerre, des enseignants et de toute association qui souhaitait mener un travail de sensibilisation à propos de la Seconde guerre mondiale. Comme tout service public, le département de la Défense a une mission de sensibilisation en lien avec ses compétences. Le ministère de la Défense se doit d’expliquer aux citoyens les tenants et les aboutissants des conflits dans lesquels il est, ou a été, impliqué. J’estime donc qu’une partie du budget – peu importante d’ailleurs – peut être réservée à ce type d’activités sans mettre en péril toute la politique du secteur de la Défense, car les sommes concernées sont peu importantes. Le vendredi 22 février, j’ai appris que M. De Crem avait changé d’avis quant à l’organisation du projet « La jeunesse européenne sur les rails de la démocratie et de la liberté » initié en 2007. Il a donné son aval à l’Institut national des invalides de guerre pour qu’il poursuive l’organisation de cette rencontre de plus de mille jeunes européens de 17 à 18 ans sur le site de Buchenwald en avril prochain. Ce projet est réalisé dans le cadre du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il prévoit la participation de trois cent cinquante jeunes Belges provenant de toutes les provinces. J’ai tenu à soutenir cette initiative dès le départ et j’ai proposé à l’Institut national des invalides de guerre de mettre la cellule de coordination pédagogique « Démocratie et barbarie » au service de la préparation des élèves francophones. J’ai également accédé à sa demande de cofinancement des voyages des jeunes francophones, et réservé 22 500 euros à cet effet afin de financer pour moitié le voyage de cent cinquante jeunes participants. Parallèlement à des projets de ce type et aux écoles qui introduisent des demandes ponctuelles auprès du ministère de la Défense, certains établissements m’adressent parfois des demandes de soutien. J’y réponds en général positivement, pour autant que le dossier qui m’est soumis soit établi de manière argumentée. Il doit présenter le travail pédagogique mené en la matière tout au long de l’année scolaire et détailler comment le budget du voyage a pu être constitué. Le projet de décret « Mémoire » que je prépare reprendra cet aspect du travail de mémoire. Je souhaite en effet que ce type de visite soit dorénavant soutenu via un appel à projets qui serait géré par la cellule « Démocratie ou barbarie ». Pour conclure, étant donné que le ministre De Crem a changé d’avis à propos de l’impact sur les jeunes d’une visite d’un lieu de mémoire majeur, il se peut qu’il revienne également sur sa décision de ne plus mettre de bus de la Défense à la disposition des écoles et des rescapés. En tout cas, je ne manquerai pas de suivre les diverses positions tenues par nos homologues flamands sur le travail de mémoire de manière générale, afin que nous puissions continuer à être soutenus dans cette démarche.

Mme Chantal Bertouille (MR). – Il aura fallu la pression de tous pour que M. De Crem se rende compte de la nécessité et de l’importance de ces visites. Je tiens à souligner le travail de terrain remarquable mené par la cellule « Démocratie ou Barbarie ». Je vous encourage à être vigilante. Je serai très attentive au projet de décret que vous déposerez.